Galerie Saint Georges

Tableaux, dessins et objets d'art

Ary Scheffer (1795 - 1858)



VENDU

Crayon sur papier

Vers 1839

18 x 13 cm



Esquisse du tableau exposé au Salon de 1839. 

 
Il était un roi de Thulé
A qui son amante fidèle 
Légua, comme souvenir d'elle,
Une coupe d'or ciselé.

C'était un trésor plein de charmes 
Où son amour se conservait :
A chaque fois qu'il y buvait 
Ses yeux se remplissaient de larmes.

Voyant ses derniers jours venir,
Il divisa son héritage, 
Mais il excepta du partage 
La coupe, son cher souvenir.

Il fit à la table royale 
Asseoir les barons dans sa tour ;
Debout et rangée alentour, 
Brillait sa noblesse loyale.

Sous le balcon grondait la mer.
Le vieux roi se lève en silence, 
Il boit, - frissonne, et sa main lance
La coupe d'or au flot amer !

Il la vit tourner dans l'eau noire, 
La vague en s'ouvrant fit un pli, 
Le roi pencha son front pâli... 
Jamais on ne le vit plus boire.
 
Gérard de Nerval, traduction (1827) de la ballade tirée du Faust de Goethe.
 
 
Je retrouve l’ancienne couleur de M. Scheffer, dans son Roi de Thulé tenant dans ses mains la coupe mystérieuse à laquelle sa vie est attachée, n° 1899. Pour moi, l’expression de cette tête est aussi parfaite dans son genre que l’est celle deMarguerite. Il était impossible de mieux faire comprendre cet attendrissement d’un vieillard dans le cœur duquel se pressent des souvenirs d’un autre âge. Il y a dans cette noble figure quelque chose de si bon, de si tendre et de si triste, qu’il est impossible de la contempler sans une vive émotion. Dans l’extrême vieillesse, la douleur devient presque aussi extérieure que dans l’enfance ; mais que ces rides et que ces cheveux blancs ajoutent à l’impression qu’elle produit ! On sent que toutes les peines d’une longue vie se réunissent en une seule douleur. 
Prosper Mérimée, sur le Salon de 1839, Revue des Deux Mondes
 
A David mort, et à Girodet, qui venait de mourir, succédaient Scheffer, Delacroix, Sigalon, Schnetz, Coigniet, Boulanger et Géricault. 
Toute cette pléiade d'artistes jeunes et hardis illuminait le Salon de 1824. 
Scheffer avec sa Mort de Gaston de Foix, un de ses premiers tableaux, un peu miroitant de couleur, mais où se détache d'une façon si remarquable la figure du guerrier agenouillé à la tête de Gaston ; Scheffer, le peintre poète, le meilleur traducteur de Goethe que je connaisse ; Scheffer, qui a fait revivre tout un monde de personnages allemands, depuis Mignon jusqu'au roi de Thulé, depuis Faust jusqu'à Marguerite ; Scheffer, qui, après Dante, a écrit avec le pinceau cette grande et belle page de Françoise de Rimini, devant laquelle ont échoué tous les poètes dramatiques ; Scheffer, qui avait trouvé du temps pour être de toutes les conspirations, avec Dermoncourt, avec Caron, avec La Fayette, et pour donner à la France un des premiers peintres qu'elle ait eus.
Alexandre Dumas, Mes Mémoires, Chapitre XCVII