Galerie Saint Georges

Tableaux, dessins et objets d'art

Charles Meryon (1821 - 1868)



Eau Forte


1865

166 x 142 mm



 Impression avant la lettre (Delteil/Wright 45 V/VII), avant la publication par Cadrart et Luqyet pour la Société des Aquafortistes en 1866.
 
« Charles Méryon, graveur et aquafortiste, est le fils illégitime du docteur Charles Lewis Meryon, et de Narcisse Chaspoux, une danseuse de l’Opéra de Paris. 
Après une enfance à Paris, il intègre l’école navale en 1837 et parcourt les mers, jusqu’à ses 25 ans où il renonce à sa carrière pour se consacrer au dessin et à la peinture. Sa mauvaise vision des couleurs limite ses ambitions de peintre, ainsi il se consacre à des œuvres monochromes, s’attachant à restituer de beaux noirs et des nuances de gris. 
Ses eaux-fortes sur Paris, qu’il réalise en collaboration avec son ami Eugène Bléry, retiennent l’attention de quelques grands. Victor Hugo écrit à Baudelaire : « Depuis que vous connaissez Meryon, dites-lui que ses eaux-fortes, avec seulement ombres et éclairages, lumière et obscurité, m'ont ébloui ». 
Baudelaire découvre ces gravures en 1859 : il est enchanté par la vision fantasmagorique de ce Paris en mutation, « les clochers montrant du doigt le ciel, les obélisques de l’industrie vomissant contre le firmament leurs coalitions de fumée, les prodigieux échafaudages des monuments en réparation, […] le ciel tumultueux, chargé de colère et de rancune, la profondeur des perspectives augmentée par la pensée de tous les drames qui y sont contenus ». Les deux hommes se rencontrent pendant l’hiver 1860, dans le quartier de Saint-Lazare où ils vivaient voisins. Dans l’idée d’une collaboration entre le poète et le graveur, proposée par l’éditeur Delâtre, Baudelaire projette d’écrire « des rêveries de dix lignes, de vingt ou trente lignes, sur de belles gravures, les rêveries philosophiques d’un flâneur parisien ». Ainsi le projet des petits poèmes en prose du Spleen de Paris prend forme. 
Méryon finit sa vie à l’asile de Charenton, interné pour des troubles psychiatriques importants (dépression, hallucinations, délire de persécution). Baudelaire avait renoncé à leur collaboration, à cause des exigences maniaques de Méryon, déjà touché par la folie. Mais il restera une profonde admiration du poète pour l’artiste, doublée d’une vraie compassion pour ce frère d’arme atteint d’un « délire mystérieux »… » (Texte extrait de Litteratura-Baudelaire, M. El Khiati)
 
Bruno Foucart, professeur à l'université Paris-Sorbonne, juge ainsi l'œuvre de Méryon : 
« "L'énigme et la solitude de Meryon demeurent intactes », a pu dire Henri Focillon. En effet, avec son court recueil des Eaux-Fortes sur Paris, Méryon s'est installé d'un seul coup parmi « les maîtres de l'estampe », aux côtés de Dürer, de Rembrandt, de Goya, sans que l'on puisse percevoir la nécessité ni suivre le cheminement de l'œuvre. L'explication par la folie ne peut sûrement pas être retenue. Dans Eaux-Fortes sur Paris, les fantastiques créatures volant sur le ciel du « Ministère de la Marine » (1865) ou les ballons aérostatiques du « Pont-au-Change » (1854) viennent seulement s'ajouter à des planches déjà parfaites. Ce chef-d'œuvre est marqué d'une étrangeté et d'une émotion supplémentaires ; il n'est pas dû à ces surcharges. En tout cas, la correspondance de Meryon montre que l'œuvre a été créée dans la conscience et qu'elle est devenue impossible, lorsque la raison ne put tenir. »